“J’entre toujours dans un nouveau livre sur la pointe des pieds” – réflections

J’adore mes cours à Trois-Rivières! Jusqu’ici, le cours ‘Théories et pratique du travail créateur’ est mon préféré, car, à chaque fois, même si je n’ai pas envie d’aller en cours, c’est très agréable, productif et motivant. De plus, le prof nous a demandé d’écrire chaque semaine une réflexion à partir d’une seule phrase du livre de Dany Laferrière, Journal d’un écrivain en pyjama. Comme on a une soixantaine de pages à lire, il est très improbable que deux personnes choisissent la même phrase. Pourtant, la première fois qu’on a fait cette exercice, c’est exactement ça qui est arrivé, quelle coïncidence! Frédérique, une étudiante qui est dans deux de mes cours, et moi avaient toutes les deux écrit sur cette superbe phrase qui suscite plein d’images: “J’entre toujours dans un nouveau livre sur la pointe des pieds, comme dans une nouvelle maison dont on n’a aucune idée de la disposition des pièces”. Je partage avec vous, lecteur, les images, mes pensées.

Lire, c’est toujours comme entrer dans une maison. La première rencontre se fait sur la pointe des pieds, comme le dit Laferrière, on essaye d’avoir une impression de l’atmosphère, on remarque les couleurs, les tissus, les constituants de base de la maison. Tout comme il y a des maisons où tu te sens directement chez toi, il y a des livres qui t’enveloppent direct. 

En tant que lecteur, on laisse souvent à côté un livre qu’on est en train de lire, car la vie quotidienne interrompt la lecture. Lors de la deuxième, ou encore la troisième, rencontre avec un livre, c’est comme rentrer chez soi après un petit voyage de vacances: l’odeur de la maison a légèrement changé à cause de ton absence, tous les meubles se retrouvent dans le lieu exact où tu les as laissés avant de partir (n’ont-ils pas une propre vie à eux quand tu n’es pas là?). La vie s’est arrêtée. Rentrer chez soi se fait vite, une phrase, deux phrases et la vie du livre se reprend. 

Il est vrai que Laferrière parle plutôt de l’écriture que de la lecture. C’est beau quand même ce qu’il dit: “si je sais où je suis, je ne sais pas encore tout à fait où je vais”. Ça pourrait être la devise de la vie. Quant à l’écriture, sait-on jamais où on va dans un livre qu’on est en train d’écrire? L’écriture ne prend-elle pas son propre chemin? Et après, combien de fois ne change-t-on pas l’intérieur de la maison pour changer de l’air, pour voir ce que ça donne? Il en va de même pour l’écriture: on réarrange les meubles, on met la poubelle dehors. On réarrange à notre gré jusqu’à ça soit au meilleur possible à un certain moment. Car, quand on revient quelques jours, semaines, ou encore des mois plus tard, tout semble être en désordre, ne pas comme il faudrait. Tout comme une maison, un livre change avec le temps, l’humeur du propriétaire et le nouveau regard des visiteurs.

Une dernière chose qui presse depuis la première lecture de la phrase de Laferrière, le fameux poème de Jan Jacob Slauerhoff, “ce n’est que dans mes poèmes que je peux habiter, nulle part d’autre je n’ai trouvé d’abri”. 

Alleen in mijn gedichten kan ik wonen,
nooit vond ik ergens anders onderdak,
voor de eigen haard voelde ik nooit een zwak,
een tent werd door de stormwind meegenomen.

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